Des milliards de fonds clients dépensés dans le luxe — et un rare cas où le système a fini par rendre des comptes (FTX)
En quelques années à peine, FTX est passée du statut de start-up de niche à celui de l’une des plus grandes plateformes d’échange de cryptomonnaies au monde, et son fondateur est devenu le visage d’un marché crypto « responsable » : il a témoigné devant le Congrès américain, financé des campagnes politiques et appelé publiquement à une réglementation plus stricte du secteur. L’effondrement de l’entreprise en novembre 2022 a montré en quelques jours à quel point une image de fiabilité peut être trompeuse, et l’affaire est devenue l’un des rares cas où le système a malgré tout dû rendre des comptes.
Sam Bankman-Fried, fondateur de FTX, se présentait publiquement comme un défenseur d’une régulation responsable du secteur, et sous sa direction, la plateforme a attiré des milliards de dollars d’investissements de la part des plus grands fonds de capital-risque du monde. Derrière cette façade se cachait un système en totale contradiction avec l’image publique de l’entreprise : Bankman-Fried transférait secrètement des milliards de dollars de fonds clients à la société de trading affiliée Alameda Research, pour financer des opérations d’investissement risquées, des dons politiques et des dépenses personnelles, notamment immobilières.
L’effondrement a été fulgurant : en novembre 2022, une fuite d’informations sur le bilan d’Alameda Research a semé la panique parmi les clients et déclenché des retraits massifs que FTX n’a pas été en mesure d’honorer. En quelques jours, la plateforme a suspendu les retraits, puis a demandé l’ouverture d’une procédure de faillite le 11 novembre 2022.
En novembre 2023, Bankman-Fried a été reconnu coupable de sept chefs d’accusation de fraude et de complot. Le 28 mars 2024, le tribunal l’a condamné à 25 ans de prison et a ordonné la confiscation de 11 milliards de dollars d’avoirs. En 2025, une cour d’appel a rejeté son recours contre le verdict ; Bankman-Fried purge sa peine dans une prison à faible niveau de sécurité en Californie et ne pourra pas prétendre à une libération avant 2044.
La procédure de faillite américaine, transparente et structurée, a permis d’organiser la récupération des fonds de manière bien plus efficace que dans la plupart des autres affaires comparables : grâce à la hausse de la valeur des actifs après l’effondrement, l’administration de la faillite a pu indemniser intégralement les clients à hauteur de leurs créances initiales, et parfois même au-delà.
Publié le 12 mars 2025
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